UNE VOYAGEUSE EN APESANTEUR
Ce compagnonnage essentiel, échafaudage énigmatique d’une histoire sans parole, parle d’un répertoire de Signes d’avantage qu’un bestiaire énoncé, identifiable. D’une mythologie toute personnelle fruit d’un imaginaire nourrit aux laits du Bassin Méditerranéen, aux grands desseins de la préhistoire en passant par les dessins des grottes de Tassili dans le désert, et revenant sur ceux des poteries antiques ou des peintures iraniennes.
La toile n’étant jamais tout à fait vierge – lui donner une antériorité de caverne – elle se fait plaque sensible d’un art pariétal préexistant que révèle le crayon, la plume ou le pinceau. Eloge des courbes, alors qu’ailleurs les droites obscures et les méandres des traits cassés écrivent sur le blanc une trame bâtisseuse.
« L’art des ailleurs » frappe à ma porte. Yeux, nez, bouches sont malmenés, liés, moins par cruauté que pour libérer le geste contenu certes, mais rebelle. Et véhiculer un exotisme revisité, Levis Strauss parlant de génial « bricolage », le peintre de désapprentissage.
E. Lombard
JEUX DE FORMES ET DE FONDS
La toile comme tapisserie moderne, amnésique, s’affranchit de son décoratif. Une trame obsessive en structure l’espace, se fait par endroits l’outil de sa déconstruction. Ordre et désordre, le trait entre droites et courbes jouit d’une liberté de terminaisons.
Chaque image hantée par son hors champ, fonctionne à la manière d’une pièce unique. A l’envers du décor des liens se tissent qui lui confèrent par extension une contemporanéité de propos. Certaines sont à considérer dans leur inachèvement, d’autres dans le « trop » de leurs finitions. En écho à une tribalité revendiquée, une facture maniériste pourvoyeuse de détails et de préciosité.
Les outils rudimentaires, artisanaux, de la poudre au charbon, du gras au maigre, le papier Xuan imprimé, assurent à l’image une épaisseur sémantique et perceptible. Une sorte d’archéologie immédiate, strates sur strates, couches sur couches. Les papiers y jouent à minima de leur transparence … Repentirs dévoilés ou masqués.



Piocher dans ce réservoir mythique est un acte d’auto-construction. Comme peut l’être le fait de faire. Il ne peut y avoir de création sans attente de voir surgir le mot consolateur. L’animal à ce titre nous apaise.
M. Gondebaud
PARCOURS
Enfant de la ligne claire, Matisse | Hergé.
Famille d’architecte, académiciens, peintre (Jean Lombard – Ecole de Paris) et tisserand. Passionnée d’arts premiers, de traditions orales, ‘rencontre’ le taureau de Lascaux, la vierge bleue de Chagall. Voyage entre soies de Chine et de Lyon.
Etudie les arts plastique, s’y ennuie (faculté d’Aix en Provence, faculté de Saint Denis) et l’architecture. S’interrompt pour des chantiers de restauration, un recensement des savoirs faire. Tombe ‘amoureuse’ de la Halle Freyssinet (Paris 13), en fait son sujet de diplôme en 1996 – « Un musée pour l’architecture » – entre Up6 Paris et UP3 Versailles.
1997 – Se prend d’intérêt pour « L’invention du paysage » (Bernard Lassus). Chargée de mission, rencontre les habitants du Marais Vernier (27), la spécificité de l’habitat vernaculaire. Récolte des récits de mise en oeuvre du chaume (patrimoine immatériel). En fait son sujet de mémoire de DEA.
1998 – Entre à Glacière | Beaux Arts de Paris (Martin BISSIERE, lignée de Roger et Loutre Bissière) pour 4 années de jubilatoire désapprentissage.
2003 – Quitte Paris pour un atelier personnel Toulousain. Se marginalise, y peint 7 années en « huit clos ».
2006 – Renoue avec la nécessité du TRAIT. Plongée autobiographique. Fabrique un vocabulaire autodidacte formel qui bouscule ses acquis. Aidée, ose enfin montrer son travail.
2008 | 2011 – Encadre des ateliers pluriels. Public Alzheimer et désorienté en EHPAD. Assiste aux ateliers d’art thérapie du Docteur Granier, dans le cadre d’un sujet de DU | Hôpital psychiatrique | Purpan (31).
Depuis 2015 – Encadre des ateliers peinture – écriture | Publics en fragilités | Toulouse (31).
Depuis 2016 – Membre de l’association Les AEB | Toulouse (31).
2020 – Formation à l’animation d’ateliers d’écritures | Annick Fischer, »L’écriture de soi ».
2022 – Sélectionnée dans le livre LES 30 ARTISTES 2022 (Occitanie) | Anne Devailly, rédactrice en chef.
ATELIERS. PERFORMANCES. RÉSIDENCES.
10 années d’accompagnement et d’actions auprès d’un public en fragilités, ont valu aux acteurs(trices) | intervenante, une production d’œuvres d’exception, en marge, autodidacte. Production laissée à la pleine appréciation de leurs auteurs(trices), personnes profanes et de talents. En 2022 à la faveur d’un partenariat avec la CMS de Toulouse (31), le résultat de ce travail voit (enfin) le jour dans une galerie, un contexte non »bricolé » valorisant – si besoin était – leurs créateurs(trices).
Elisabeth Lombard « éveilleuse de peinture » qui se dit volontiers en marge, a souhaité durant ces années de collaboration récréer au sein de ces Ateliers l’esprit des lieux. Conforme à l’idée qu’elle se fait d’une création de qualité, parce qu’y sont réunies les conditions de son éclosion et le matériel professionnel semblable à celui que le peintre utilise dans l’Atelier.
Dans ce contexte sont nées dans la confiance partagée, des images-frises sur grandes toiles libres de lin et coton cru. Nous invitons le regardeur à s’étonner devant ces expressions picturales à la fois persévérantes, « naïves » et sincères.



